Matrice d’un monde possible

 

 

 

 

 

« J’ai rêvé, l’autre soir, d’îles plus vertes que le songe… et les navigateurs
descendent au rivage en quête d’une eau bleue ; ils voient – c’est le reflux – le lit
refait des sables ruisselants : la mer arborescente y laisse, s’enlisant, ces pures
empreintes capillaires, comme de grandes palmes suppliciées, de grandes filles
extasiées qu’elle couche en larmes dans leurs pagnes et dans leurs tresses dénouées.
« Et ce sont là figurations du songe.[…]

Saint-John Perse
Amers OC. p. 327 sq.

 

 

 

 

 

 

Navigation aérienne

 

 

 

Pierre Alechinsky
New Delhi surplombée, 1981-1982,
encre sur carte de navigation aérienne marouflée sur toile,
prédelle à l’acrylique, 130 x 146 cm,
collection particulière © ADAGP

 

 

 

« Monter à bord d’un pinceau caboteur et reconnaître la silhouette amie, indélébile laissée par le sillage d’encre de Chine sur le bleu lithographié d’une carte de navigation. (…) La couleur est donnée, verticale, qui passe par les jours et entrebâillements du dessin noir. Elle s’était d’abord présentée en vues aériennes avec des bruns et des gris (les montagnes, les ombres), des à-plats verts (telles régions boisées ou herbeuses), des bleus déjà d’yeux profonds (deux lacs côte à côte) ou en dégradé (les bords de mer), ou plus claire encore et finalement blanchâtre ou blanche (les déserts d’eau ou de glace ou de sable), … »

Pierre Alechinsky Encrier de voyage (1988)
 

 

 

 

 

L’horizon vertical

 

 

 

 

 

 

Etre.

 

Et rien de plus.

Jusqu’à ce que se forme un puits au-dessous.

 

Ne pas être.

Et rien de plus.

Jusqu’à ce que se forme un puits au-dessus.

 

Ensuite,

entre ces deux puits,

le vent s’arrêtera un instant .

 

Roberto Juarroz  extrait de Douzième poésie verticale 

 
 

 
 

 
 

 

Tangible intangible

 

 

 

 

 

 

 

…«Lorsque les désirs d’avenir ou les regrets de souvenir s’éveillent dans une partie quelconque de ce crâne géant, le Globe, – le vent se lève … L’espace est composé d’âmes éparses, en expectative ou bien en irrémédiable exil de la matière, dont la motion diverse inspire branches, voiles et nuées. … Théoriciennes soit du devenir soit du redevenir, ces âmes, passées ou gérondifs, les unes à naître et les autres mortes terrestrement, attisent leur potentialité vers l’ancienne ou future joie de vivre, impersonnel en quête d’une valeur saisissable; alors se ruent des chevauchées s’évertuant parmi les choses où se déchirent et se cassent les os et la peau de leur ambition, gravissant les monts, inondant les vallées dans une vertigineuse impatience d’être.
C’est le vent qui passe.»…

Saint-Pol Roux. Le Mystère du vent